Suspendue dans le vide interstellaire, la planète Cybéria est une anomalie fascinante, un monde fracturé par l’immobilité de sa propre révolution. Prisonnière d’une danse éternelle avec son étoile, elle n’offre à son soleil qu’un seul et unique visage, condamnant l’autre à des ténèbres perpétuelles. Cybéria n’est pas faite de roche ou de terre, mais d’un enchevêtrement titanesque de rouages, de pistons et de tuyauteries monumentales, un astre-machine vivant, dénué de conscience, vibrant au rythme d’une mécanique cosmique.
Sur sa face diurne, baignée par un bombardement photonique impitoyable, s’étend le domaine absolu des Cybérines. C’est un monde de reflets dorés et d’acier incandescent, où des millions de silhouettes métalliques s’abreuvent de la lumière irradiante. Leurs crânes diaphanes brillent d’un blanc aveuglant, témoins de l’énergie cinétique folle qui s’y accumule. Là, sous ce jour sans déclin, règne une symphonie troublante : un doux et gigantesque bourdonnement d’horlogerie, le tic-tac infini d’une civilisation dénuée d’empathie, tournée tout entière vers sa propre expansion. Pour les Cybérines, seul le soleil importe ; l’obscurité est une abomination, une mort lente qui figerait leurs pensées dans la folie.
De l’autre côté du monde, dans l’abîme glacial de la face cachée, le silence remplace le fracas des engrenages. C’est ici, dans l’ombre éternelle, que les Ghr’ur ont trouvé refuge après la destruction de leur monde originel. Dans ces étendues plongées dans une nuit sans fin, seule la lueur émeraude de leurs cœurs de cristal perce l’obscurité. Ces immenses créatures insectoïdes, aux têtes félines écailleuses, vivent dans une veille constante. Leurs sens surdéveloppés scrutent les vibrations de la machinerie planétaire. Pacifiques par nature mais poussés par la tragédie, ils calculent, attendent et surveillent. Leur unique dessein est d’empêcher le fléau doré de s’étendre aux autres mondes, se tenant prêts à plonger dans le sillage de chaque portail quantique ouvert par leurs ennemies.
Entre cette lumière insoutenable et cette nuit absolue, court le terminateur : une zone crépusculaire, mince cicatrice ceinturant la planète. C’est le royaume des Vélatis. Nés des cristaux blancs primaires, ces entités gazeuses et éthérées flottent dans les brumes de ce crépuscule perpétuel. Neutres et gardiens de l’équilibre de l’univers, ils forment un voile isolant, un rempart de télékinésie et de murmures télépathiques. Les Vélatis prêtent silencieusement main-forte aux Ghr’ur, stabilisant les frontières de l’ombre, s’assurant que la frontière ne cède jamais.
Sur Cybéria, le fracas des armes ne résonne jamais. C’est une guerre froide, un équilibre de la terreur parfaitement figé. Les Cybérines, terrifiées par les ténèbres, n’oseront jamais franchir la ligne du crépuscule pour traquer les Ghr’ur qu’elles méprisent. De leur côté, les Ghr’ur et les Vélatis savent qu’une offensive sur la face lumineuse serait un suicide stratégique, vouée à s’écraser contre un essaim mécanique invincible et inépuisable. La planète tourne ainsi, divisée, berceau d’une hostilité muette où trois espèces se partagent l’éternité sans jamais croiser le fer sur leur propre sol.


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